Archives de catégorie : Romans ado-adultes

Clara lit Proust de Stéphane Carlier

« Proust. Avant, ce nom mythique était pour elle comme celui de certaines villes – Capri, Saint-Pétersbourg… – où il était entendu qu’elle ne mettrait jamais les pieds. » Clara est coiffeuse dans une petite ville de Saône-et-Loire. Son quotidien, c’est une patronne mélancolique, un copain beau comme un prince de Disney, un chat qui ne se laisse pas caresser. Le temps passe au rythme des histoires du salon et des tubes diffusés par Nostalgie, jusqu’au jour où Clara rencontre l’homme qui va changer sa vie : Marcel Proust »

La vie de Clara va prendre un tournant inattendu lorsqu’un client oublie un exemplaire de À la recherche du temps perdu de Marcel Proust dans son salon de coiffure. Ce simple oubli devient le point de départ d’une transformation intérieure profonde. C’est une ode à la lecture et à son pouvoir de métamorphose. Clara découvre Proust et, à travers lui, une nouvelle manière de voir le monde.

Le ton est léger mais profond, avec une écriture sensible et pleine d’humour. Il parle à tous ceux qui ont un jour été touchés par un livre au point d’en sortir changés. Les personnages secondaires sont attachants, et l’ambiance du salon de coiffure ajoute une touche de réalisme et de chaleur. La lecture de Proust l’amène à voir sa vie et la vie en général sous un autre angle. N’est-ce pas le plus beau cadeau qu’un livre puisse nous offrir ?

Cette sensibilité aux mots, à leur précision, leur musique, tout ce qui caractérise son coup de foudre pour cette œuvre et son auteur, a toujours été en elle. Ces dispositions n’avaient simplement pas d’objet jusque-là, comme une terre restée en friche, tant qu’elle n’avait pas ouvert ce livre. (Clara lit Proust, p.109)

Ce roman est souvent qualifié de feel-good littéraire, mais avec une vraie finesse. Il peut même donner envie de se plonger dans Proust, sans intimidation. Une belle passerelle entre littérature populaire et classique.

Une recommandation de Fanny

Vous trouverez ce titre dans notre rayon Romans ado-adultes à la cote CARL (blanc).

Toutes les vies de Rebeka Warrior

Toutes les vies est le premier roman de la musicienne Rebeka Warrior, connue dans le monde de la techno-punk pour ses groupes Sexy Sushi, Mansfield.TYA et Kompromat, ainsi que pour son engagement en faveur des causes féministes et LGBTQ+.

Récompensé par le prix littéraire de Flore le 6 novembre dernier, ce récit auto-fictionnel retrace la perte Pauline, la compagne de la narratrice, emportée par un cancer du sein à l’âge de 36 ans.

Un récit sur le statut de proche aidant, la mort et la quête de spiritualité dans le processus de deuil. Les textes sont bruts, parfois crus, vulgaires, portés par un style haché.
Récit volontairement choquant, j’ai peu adhéré aux réactions extrêmes de la narratrice (crises, usage de drogues) et les nombreuses citations d’écrivains et de philosophes m’ont parfois déroutées. Toutefois, j’ai été touchée par l’amour sincère que Rebeka Warrior porte à sa compagne.

Un témoignage qui parlera certainement aux personnes ayant connu la maladie et la perte d’un proche.

Une recommandation de Léa

Vous trouverez ce roman dans notre rayon Ados-adultes à la cote WARR (blanc).

Les promesses orphelines de Gilles Marchand

« Êtes-vous très heureux, assez heureux ou pas très heureux ? »

C’est l’histoire d’un cadet, d’un petit frère, d’un élève pas très bon et un peu trop rêveur, d’un gamin de la ville qui grandit à la campagne, en France dans les années 50. C’est l’histoire de Gino, un garçon amoureux, avec des rêves pleins la tête. Des rêves de grandeur.

C’est aussi l’histoire d’une époque, celle des Trente Glorieuses, où tout semble à portée de main. Tout semble possible, les rêves les plus fous se réalisent. On marche sur la lune, on invente un aérotrain qui reliera des villes à des vitesses phénoménales. On fait de véritables prouesses dans la construction et dans l’ingénierie.

C’est une époque où le progrès avance vite, si vite qu’on se retrouve avec un mélange autant complexe que savoureux entre ruralité et technologie. Une sorte d’entre-deux, de déjà et de pas encore, qui fait fantasmer. On regarde la technologie arriver, on ne sait pas toujours bien ce que c’est, mais on en imagine les contours, la portée, les répercussions. On en parle beaucoup et on en entend parler beaucoup. Certains se méfient, certains se fâchent, certains s’effraient. Et puis il y en a d’autres qui se projettent et qui rêvent. Ceux comme Gino.

Gino est un rêveur, mais ses rêves se font parfois des bras de fer avec la réalité. D’autres fois, ils se fracassent contre de mauvais conseillers ou contre des désillusionnés. En les écoutant, Gino se retrouve à errer, à devoir réajuster, rafistoler, se choisir d’autres rêves de seconde main. Ce n’est pas vraiment un rêveur combattif, c’est plutôt un rêveur contemplatif. Il a cependant en lui ce quelque chose qui semble malgré tout perdurer, une sorte d’optimisme ou d’espoir indétrônable. Je crois que c’est ce qui en fait sa force.

Le roman traverse les années avec ses personnages (et ses publicités), dans une poésie et un soupçon de nostalgie, tout en restant réaliste. L’auteur n’essaie pas d’idéaliser une époque passée, mais il sait soulever ses aspects moins reluisants. J’ai apprécié ce parti pris de mettre en valeur l’extraordinaire de ces années, sans pour autant gommer les erreurs et les absurdités du passé. J’ai ainsi eu l’impression d’avoir été pris au sérieux en tant que lecteur. J’ai d’autant apprécié ce regard presque candide de Gino sur le monde. Un regard à la fois émerveillé et interrogateur. Une question intéressante est posée dès le début de la lecture et continue de raisonner une fois la dernière page tournée : « qu’est-ce qu’une vie réussie ? »

Une recommandation d’Aloys

Vous trouverez ce titre dans notre rayon Romans Adultes à la cote MARCH (blanc)

Nina perd le nord de Céline Gourjault

Et si un héritage pouvait changer votre vie ? Embarquez avec Nina pour un road trip inoubliable !

Nina a quatorze ans et vit seule avec son père depuis la mort de sa mère. Leur quotidien est fait de silences, de dettes et de maladresses, mais aussi d’un amour discret qui peine à se dire. Loïc, son père, semble avoir perdu pied, tandis que Nina, vive et sensible, endosse souvent le rôle de l’adulte. Tout change le jour où une vieille tante leur laisse un héritage… à une condition : partir en Suède pour accomplir une mission inattendue.

Ce voyage devient bien plus qu’un simple déplacement. C’est un road trip initiatique, une aventure qui les entraîne au cœur des paysages nordiques et des secrets familiaux. Ce roman nous fait passer du rire aux larmes avec une justesse rare.

Céline Gourjault signe un récit fluide et lumineux, qui parle des émotions adolescentes sans jamais être pesant. On y retrouve les premières amours, l’amitié, l’estime de soi, mais aussi la complexité des liens familiaux et la reconstruction après le deuil. Le décor suédois ajoute une dimension dépaysante et symbolique, comme une promesse de renouveau. Un roman sensible et drôle, qui ouvre à la discussion sur les rêves, les choix de vie et la force des liens. À lire dès 12 ans, pour tous ceux qui aiment les histoires qui font voyager… et réfléchir.

Une recommandation de Fanny.

Vous trouverez ce titre dans notre rayon romans ado-adultes à la cote GOUR (rouge).

Check and mate de Ali Hazelwood

Février, mois de la Saint-Valentin, est traditionnellement associé à la célébration de l’amour.

Depuis quelques années, les romances classifiées « New romance » ou encore « Dark romance » – comme Jamais plus de Colleen Hoover et Captive de Sarah Rivens – fleurissent sur les rayons des librairies et rencontrent un succès croissant auprès d’un lectorat majoritairement féminin. Contenant des scènes de sexe explicites, ces ouvrages sont destinés aux adultes. Influencées par les booktubeuses et les tendances sur les réseaux sociaux, de jeunes adolescentes les réclament pourtant à leurs parents qui, heureux de les voir lire, achètent parfois ces titres sans mesurer qu’ils s’adressent à un public plus mature.

C’est pourquoi, le conseil des bibliothécaires et des libraires reste indispensable.

Chers parents, il est possible d’entretenir la flamme de la lecture chez vos jeunes filles avec des histoires plus adaptées, comme c’est le cas avec Check and mate de Ali Hazelwood. Publié aux éditions Gallimard jeunesse, ce roman s’adresse à un public âgé de 14 à 18 ans.

Mallory Greenleaf, 18 ans, est une ancienne prodige des échecs. Depuis la mort de son père, elle a mis de côté sa passion pour se consacrer entièrement à ses sœurs et sa mère malade. Jusqu’au jour où elle accepte de participer, à contrecœur, à un tournoi caritatif. Elle se retrouve face au champion du monde en titre, Nolan Sawyer, aussi beau que détestable. Les coups s’enchaînent et la partie va prendre un tour inattendu…

Dans ce roman, l’autrice Ali Hazelwood explore avec finesse la place des femmes dans le milieu très masculin des échecs professionnels, en abordant également des thèmes plus intimes comme le sentiment de culpabilité et la capacité à se pardonner. Le tout dans une romance slow burn délicatement menée, où l’amour se construit pas à pas, entre attirance, défiance et confiance retrouvée.

Une recommandation de Léa

Vous trouverez ce roman dans notre rayon ado-adultes à la cote HAZE (rouge).

Traverser les montagnes et venir naître ici de Marie Pavlenko

Vous cherchez un roman qui vous serre le cœur tout en vous insufflant une lumière douce et tenace ? Alors ce livre est pour vous.

Marie Pavlenko signe ici un récit d’une humanité bouleversante, où deux femmes que tout oppose se retrouvent liées par leurs douleurs et leur quête de renaissance.

Tout commence par la rencontre improbable entre Astrid, une femme brisée par le deuil, et Soraya, jeune réfugiée syrienne en fuite, qui accouche seule dans les montagnes du Mercantour.

Deux solitudes qui se frôlent, s’apprivoisent, et finissent par se reconstruire ensemble.

La plume poétique et brute de Marie Pavlenko, alterne entre introspection, tension dramatique et éclats de tendresse. Il faut apprivoiser l’écriture saccadée et les nombreux retours en arrière qui sont essentiels à la dynamique du texte.

C’est un roman qui ne cherche pas à enjoliver la douleur, mais à en extraire la force de la résilience.

Vous traverserez sans pathos et d’un naturel déconcertant les thèmes de l’exil, de la maternité, de la sororité, de l’entraide, nous tiraillant ainsi entre violence du monde et ses guerres et la beauté de l’humanité :

« Le manque et la solitude se donnent la main, entrés en catimini, chut, pas de bruit, ils dansent dans la pénombre de la chambre. » — un extrait qui illustre à merveille la sensibilité du texte.

Cette histoire nous rappelle que même au cœur des montagnes les plus froides, il est possible de renaître.

À lire lentement, comme on apprivoise une douleur, ou comme on découvre une amitié inattendue.

Une recommandation de Fanny

Voux trouverez ce roman dans notre rayon ado-adultes à la cote PAVL (blanc).

La dictée d’Antoine Laurain

Ce roman nous a été conseillé par un de nos lecteurs, et c’est une belle découverte !

Dans cette lecture, Antoine Laurain interroge notre rapport à l’orthographe. Aujourd’hui, avec les messages, on a pris cette habitude d’utiliser le langage SMS, pour gagner du temps. On n’écrit plus que des sons, voire on n’écrit plus du tout, mais on envoie un message vocal.

Et à ce niveau, les parents font même parfois plus de fautes que leurs enfants. Car lorsque les parents de Benjamin veulent lui prouver leur maîtrise de l’orthographe, ils se rendent bien vite compte en corrigeant qu’ils ont plus de lacunes qu’ils ne voudraient l’admettre…

Leur vient alors cette idée : lancer un défi à leurs amis lors d’un pique-nique. Faire ensemble la dictée dite « la plus difficile de la langue française », celle de Prosper Mérimée.

La dictée, c’est le noyau que l’auteur utilise dans ce roman pour unir les personnages et tisser des liens entre eux. C’est un point de départ assez original. Son ton léger en fait une lecture agréable à lire, mais très parlante. Car en peu de mots et avec des chapitres courts, l’auteur arrive à retranscrire des ambiances, des caractères, des situations, sans toutefois tomber dans des caricatures. Antoine Laurain arrive à donner aux personnages un côté authentique. D’ailleurs, si vous avez lu d’autres romans de l’auteur, vous verrez qu’il glisse des clins d’œil s’y référant.

Cette lecture n’est pas un « blockbuster » rempli de rebondissements ou d’un suspense qui tient en haleine jusqu’à la dernière page. Non, ici le charme réside dans cette ambiance subtile que l’auteur sait très bien amener : un mélange de douceur, d’humour et de malice. Et ce je-ne-sais-quoi de magique nous captive pour nous emporter jusqu’à la dernière page. Pour information, la dictée de Prosper Mérimée dont il est question dans ce roman, a été écrite en 1857, à la demande de l’impératrice Eugénie de Montijo pour distraire la cour française. Selon certains, Napoléon III y aurait fait 75 fautes, tandis qu’Alexandre Dumas fils en aurait fait 24. C’est l’ambassadeur d’Autriche, Richard Klemens von Metternich, qui n’aurait fait que 3 erreurs. Parait-il qu’il soit impossible de ne pas y faire de fautes. Mais peut-être que ce roman suscitera en vous l’audace de relever le défi à votre tour ?

Une recommandation d’Aloys

Vous trouverez ce titre dans notre rayon Romans ados-adultes à la cote LAUR (blanc).

Le barman du Ritz de Philippe Collin

Résumé : « Frank Meier, barman au Ritz, se retrouve au cœur d’un Paris occupé où l’élite allemande et parisienne se côtoient. Utilisant son poste stratégique, Frank observe et participe discrètement à des actes de résistance, tout en protégeant ses proches et en cachant son identité juive. »

Dans l’atmosphère feutrée du légendaire bar du Ritz, Philippe Collin nous plonge dans le quotidien de Frank Meier personnage aux multiples facettes. À travers ce personnage, il esquisse le portrait d’un Paris privilégié, celui des artistes, écrivains, politiques français, hauts fonctionnaires nazis et employés de l’hôtel : tous confrontés aux paradoxes de leur époque. Frank incarne les dilemmes moraux d’une société en tension, partagé entre la nécessité de composer avec l’ennemi et le désir de préserver sa dignité et ses valeurs. L’auteur restitue avec brio l’ambiance du Ritz, offrant une immersion saisissante dans une fiction documentaire où l’humanité affleure malgré la noirceur. Ce roman, au-delà de son cadre historique, interroge des thèmes universels comme la survie, la morale et la résistance intérieure.

Le Barman du Ritz est une œuvre forte, subtile et profondément humaine ; un véritable coup de cœur que je recommande à tous les passionnés de récits historiques et de destins bouleversants.

Une recommandation de Fanny.

Vous trouverez ce roman dans notre rayon Ados-adultes à la cote COLL (blanc).