Archives de catégorie : Romans ado-adultes

Check and mate de Ali Hazelwood

Février, mois de la Saint-Valentin, est traditionnellement associé à la célébration de l’amour.

Depuis quelques années, les romances classifiées « New romance » ou encore « Dark romance » – comme Jamais plus de Colleen Hoover et Captive de Sarah Rivens – fleurissent sur les rayons des librairies et rencontrent un succès croissant auprès d’un lectorat majoritairement féminin. Contenant des scènes de sexe explicites, ces ouvrages sont destinés aux adultes. Influencées par les booktubeuses et les tendances sur les réseaux sociaux, de jeunes adolescentes les réclament pourtant à leurs parents qui, heureux de les voir lire, achètent parfois ces titres sans mesurer qu’ils s’adressent à un public plus mature.

C’est pourquoi, le conseil des bibliothécaires et des libraires reste indispensable.

Chers parents, il est possible d’entretenir la flamme de la lecture chez vos jeunes filles avec des histoires plus adaptées, comme c’est le cas avec Check and mate de Ali Hazelwood. Publié aux éditions Gallimard jeunesse, ce roman s’adresse à un public âgé de 14 à 18 ans.

Mallory Greenleaf, 18 ans, est une ancienne prodige des échecs. Depuis la mort de son père, elle a mis de côté sa passion pour se consacrer entièrement à ses sœurs et sa mère malade. Jusqu’au jour où elle accepte de participer, à contrecœur, à un tournoi caritatif. Elle se retrouve face au champion du monde en titre, Nolan Sawyer, aussi beau que détestable. Les coups s’enchaînent et la partie va prendre un tour inattendu…

Dans ce roman, l’autrice Ali Hazelwood explore avec finesse la place des femmes dans le milieu très masculin des échecs professionnels, en abordant également des thèmes plus intimes comme le sentiment de culpabilité et la capacité à se pardonner. Le tout dans une romance slow burn délicatement menée, où l’amour se construit pas à pas, entre attirance, défiance et confiance retrouvée.

Une recommandation de Léa

Vous trouverez ce roman dans notre rayon ado-adultes à la cote HAZE (rouge).

Traverser les montagnes et venir naître ici de Marie Pavlenko

Vous cherchez un roman qui vous serre le cœur tout en vous insufflant une lumière douce et tenace ? Alors ce livre est pour vous.

Marie Pavlenko signe ici un récit d’une humanité bouleversante, où deux femmes que tout oppose se retrouvent liées par leurs douleurs et leur quête de renaissance.

Tout commence par la rencontre improbable entre Astrid, une femme brisée par le deuil, et Soraya, jeune réfugiée syrienne en fuite, qui accouche seule dans les montagnes du Mercantour.

Deux solitudes qui se frôlent, s’apprivoisent, et finissent par se reconstruire ensemble.

La plume poétique et brute de Marie Pavlenko, alterne entre introspection, tension dramatique et éclats de tendresse. Il faut apprivoiser l’écriture saccadée et les nombreux retours en arrière qui sont essentiels à la dynamique du texte.

C’est un roman qui ne cherche pas à enjoliver la douleur, mais à en extraire la force de la résilience.

Vous traverserez sans pathos et d’un naturel déconcertant les thèmes de l’exil, de la maternité, de la sororité, de l’entraide, nous tiraillant ainsi entre violence du monde et ses guerres et la beauté de l’humanité :

« Le manque et la solitude se donnent la main, entrés en catimini, chut, pas de bruit, ils dansent dans la pénombre de la chambre. » — un extrait qui illustre à merveille la sensibilité du texte.

Cette histoire nous rappelle que même au cœur des montagnes les plus froides, il est possible de renaître.

À lire lentement, comme on apprivoise une douleur, ou comme on découvre une amitié inattendue.

Une recommandation de Fanny

Voux trouverez ce roman dans notre rayon ado-adultes à la cote PAVL (blanc).

La dictée d’Antoine Laurain

Ce roman nous a été conseillé par un de nos lecteurs, et c’est une belle découverte !

Dans cette lecture, Antoine Laurain interroge notre rapport à l’orthographe. Aujourd’hui, avec les messages, on a pris cette habitude d’utiliser le langage SMS, pour gagner du temps. On n’écrit plus que des sons, voire on n’écrit plus du tout, mais on envoie un message vocal.

Et à ce niveau, les parents font même parfois plus de fautes que leurs enfants. Car lorsque les parents de Benjamin veulent lui prouver leur maîtrise de l’orthographe, ils se rendent bien vite compte en corrigeant qu’ils ont plus de lacunes qu’ils ne voudraient l’admettre…

Leur vient alors cette idée : lancer un défi à leurs amis lors d’un pique-nique. Faire ensemble la dictée dite « la plus difficile de la langue française », celle de Prosper Mérimée.

La dictée, c’est le noyau que l’auteur utilise dans ce roman pour unir les personnages et tisser des liens entre eux. C’est un point de départ assez original. Son ton léger en fait une lecture agréable à lire, mais très parlante. Car en peu de mots et avec des chapitres courts, l’auteur arrive à retranscrire des ambiances, des caractères, des situations, sans toutefois tomber dans des caricatures. Antoine Laurain arrive à donner aux personnages un côté authentique. D’ailleurs, si vous avez lu d’autres romans de l’auteur, vous verrez qu’il glisse des clins d’œil s’y référant.

Cette lecture n’est pas un « blockbuster » rempli de rebondissements ou d’un suspense qui tient en haleine jusqu’à la dernière page. Non, ici le charme réside dans cette ambiance subtile que l’auteur sait très bien amener : un mélange de douceur, d’humour et de malice. Et ce je-ne-sais-quoi de magique nous captive pour nous emporter jusqu’à la dernière page. Pour information, la dictée de Prosper Mérimée dont il est question dans ce roman, a été écrite en 1857, à la demande de l’impératrice Eugénie de Montijo pour distraire la cour française. Selon certains, Napoléon III y aurait fait 75 fautes, tandis qu’Alexandre Dumas fils en aurait fait 24. C’est l’ambassadeur d’Autriche, Richard Klemens von Metternich, qui n’aurait fait que 3 erreurs. Parait-il qu’il soit impossible de ne pas y faire de fautes. Mais peut-être que ce roman suscitera en vous l’audace de relever le défi à votre tour ?

Une recommandation d’Aloys

Vous trouverez ce titre dans notre rayon Romans ados-adultes à la cote LAUR (blanc).

Le barman du Ritz de Philippe Collin

Résumé : « Frank Meier, barman au Ritz, se retrouve au cœur d’un Paris occupé où l’élite allemande et parisienne se côtoient. Utilisant son poste stratégique, Frank observe et participe discrètement à des actes de résistance, tout en protégeant ses proches et en cachant son identité juive. »

Dans l’atmosphère feutrée du légendaire bar du Ritz, Philippe Collin nous plonge dans le quotidien de Frank Meier personnage aux multiples facettes. À travers ce personnage, il esquisse le portrait d’un Paris privilégié, celui des artistes, écrivains, politiques français, hauts fonctionnaires nazis et employés de l’hôtel : tous confrontés aux paradoxes de leur époque. Frank incarne les dilemmes moraux d’une société en tension, partagé entre la nécessité de composer avec l’ennemi et le désir de préserver sa dignité et ses valeurs. L’auteur restitue avec brio l’ambiance du Ritz, offrant une immersion saisissante dans une fiction documentaire où l’humanité affleure malgré la noirceur. Ce roman, au-delà de son cadre historique, interroge des thèmes universels comme la survie, la morale et la résistance intérieure.

Le Barman du Ritz est une œuvre forte, subtile et profondément humaine ; un véritable coup de cœur que je recommande à tous les passionnés de récits historiques et de destins bouleversants.

Une recommandation de Fanny.

Vous trouverez ce roman dans notre rayon Ados-adultes à la cote COLL (blanc).

La bête du Risoud de Frédéric Schütz

Frédéric Schütz réside à la Vallée de Joux depuis plus de vingt-cinq ans. Séduit par la beauté de ses paysages et les histoires qui s’y rapportent, il y puise l’inspiration pour son premier roman policier « La Bête du Risoud ». Encore un polar régional, direz-vous ? Oui… mais pas seulement.

Dans « La Bête du Risoud », les frontières entre mythe et réalité s’estompent. La Vallée devient le théâtre d’événements troublants, où une ancienne légende locale semble soudain prendre vie. L’enquête est menée par l’inspecteur Steve Dupuis, méthodique et rationnel, épaulé par l’intuitive Alice Chevalley, native de la région. Ensemble, ils s’aventurent dans l’immensité de la forêt du Risoud — véritable personnage à part entière, oppressante, silencieuse, presque vivante. Ses arbres portent la mémoire d’autres âges, ses pierres semblent complices d’un mal qui bouleverse la région.

Tout commence par la découverte fortuite d’un os humain sur un chantier. S’ensuivent des disparitions inexpliquées, puis la découverte d’un cadavre mutilé dans les eaux sombres du lac de Joux… Au fil du récit, les expertises scientifiques échouent à élucider certains phénomènes. Le duo d’enquêteurs se retrouve alors confronté à une puissance ancienne, insidieuse, qui s’immisce dans les esprits…

Un récit rigoureux où l’auteur, fort de son expérience en police scientifique, joue avec les codes du polar tout en les associant à ceux du fantastique. Frédéric Schütz explore aussi les peurs intimes de ses personnages et leurs fragilités psychologiques.
Tous vos sens seront en éveil, et le frisson rôdera à chaque instant. Plongez dans un récit où l’effroi guette à chaque page… Préparez-vous à sentir « La bête du Risoud » vous glacer l’échine !

Une recommandation de Léa

Photo : Frédéric Schütz

Vous trouverez ce roman policier dans notre rayon fictions ados-adultes à la cote SCHU (blanc).

Si vous souhaitez acquérir un ouvrage et soutenir un auteur de la région, des exemplaires sont en vente à la Médiathèque au prix de 30 CHF.

Les sirènes de Emilia Hart

« Lucy fuit. Le mal qu’elle a fait, et celui qu’on lui a fait. Elle part se réfugier auprès de la seule personne capable de la comprendre : sa soeur, Jess. Mais lorsque Lucy arrive dans sa maison délabrée, perchée au sommet d’une falaise battue par les vents, elle ne trouve personne. Où est passée Jess ? Lucy se retrouve seule dans une ville côtière où rumeurs et légendes vont bon train. Au gré de ses rencontres, elle découvre les récits d’hommes disparus dans des circonstances mystérieuses et d’un bébé trouvé dans une grotte. Surtout, elle commence à entendre des voix de femmes qui murmurent sur l’écume des vagues. »

Laissez-vous envoûter par le chant féministe des sirènes d’Emilia Hart. Des récits de femmes entremêlés tissant une sororité intemporelle. Un secret de famille refaisant surface, prêt à bouleverser le destin de Lucy et faire vaciller les certitudes.

Une recommandation de Léa

Vous trouverez ce roman dans notre rayon Ados-adultes à la cote HART (blanc).

Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea

Lauréat du prestigieux prix Goncourt en 2023 « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andrea est une fresque romanesque qui nous transporte dans l’Italie du XXe siècle. Le récit suit Mimo Vitaliani, un sculpteur de talent, et son amitié profonde avec Viola, une jeune aristocrate issue d’une puissante famille d’un village italien. ​Orphelin de père et envoyé en Italie à l’âge de 12 ans, Mimo est confronté à une vie difficile aux côtés de son oncle, piètre sculpteur et, de surcroit, alcoolique. Sa rencontre avec Viola, une jeune femme singulière, éprise de liberté et d’apprentissage, bouleverse son existence. Ensemble, ils traversent les tumultes de l’histoire italienne, (de la Première Guerre mondiale à la montée du fascisme) tout en poursuivant leurs aspirations artistiques et personnelles. ​

Jean-Baptiste Andrea dépeint avec finesse les paysages italiens, des collines de Ligurie aux villes de Florence et Rome, en y intégrant des références subtiles à l’art italien. Le roman explore des thèmes universels tels que l’amitié, la quête de liberté, la tolérance et l’intolérance ainsi que la passion pour l’art. La relation entre Mimo et Viola est marquée par leur différence de statut social et les conventions de l’époque. L’auteur, jongle avec habileté entre ellipses narratives et retours en arrière, ce qui nous laisse tout le loisir d’imaginer les tribulations des personnages entre deux moments de lecture.

« Veiller sur elle » est une œuvre magistrale qui allie une narration riche à une exploration sensible des émotions humaines, confirmant le talent de Jean-Baptiste Andrea pour créer des histoires captivantes et émouvantes.

Une recommandation de Fanny

Vous trouverez ce titre dans notre rayon Romans ado-adultes à la cote ANDR (blanc)

Le temps d’après de Jean Hegland

Suite du roman Dans la forêt, un immense coup de cœur personnel lors de ma lecture, il me tardait de découvrir la suite des aventures d’Eva et Nell, deux sœurs qui, après l’effondrement de la société dans laquelle elles vivaient, ont choisi de s’installer en pleine nature.

À la fin du premier roman, Eva donnait naissance à un fils, Burl, au creux d’une souche d’un immense séquoia. Dans Le temps d’après, Burl a bien grandi et vit désormais en douce harmonie avec la nature aux côtés de ses mères. Leur quotidien est rythmé par la chasse, la cueillette, mais aussi par la danse, la musique et les récits qui nourrissent leur imaginaire.

Dans un début de récit contemplatif, Burl, devenu adolescent, partage sa vision du monde à travers un langage qui lui est propre. Il évoque sa famille, qu’il nomme noutrois, ainsi que les exhalants et les inhalants qui peuplent leur maison-Forêt. Fasciné par les histoires de hobbits, les contes et les mythes transmis par ses mères, Burl ressent bientôt un appel impérieux grandir en lui : il rêve de rencontrer d’autres personnes, semblables à celles des histoires qui ont bercé son enfance.

Lors d’une nuit de solstice, il aperçoit une lumière qui pourrait être celle d’un feu d’origine humaine. Animé par une détermination nouvelle, il semble résolu à partir à la découverte de l’Autre. Mais pourquoi Eva et Nell refusent-elles obstinément tout contact avec le monde d’avant ?

L’autrice américaine a séjourné brièvement en 2019 à la fondation Jan Michalski à Montricher pour rédiger ce roman. Peut-être est-ce la raison pour laquelle la beauté des forêts jurassiennes semble un peu se retrouver dans les descriptions de ce Grand Tout.

On retrouve les thèmes chers à Jean Hegland : la puissance et l’équilibre naturel d’un monde où la nature n’a pas besoin des humains pour prospérer, ainsi qu’une ode aux récits oraux.

D’abord troublée par le langage singulier de Burl et quelques longueurs narratives, j’ai néanmoins été, une fois de plus, envoûtée par la beauté de l’univers de Jean Hegland et le lyrisme de son écriture.

« Les histoires ne se terminent jamais vous le savez aussi bien que moi. Comme le temps ou l’eau ou ce que Nell appelait la matière, les récits s’écoulent à l’infini, se déplacent et se ramifient et s’embrouillent, se tansmorphent sans cesse en quelque chose de nouveau. Il y a toujours un événement qui arrive après, toujours un nouveau chapitre ou un nouvel incident, toujours quelques chose de plus à dire sur ce qui a déjà été dit. D’une façon ou d’une autre, les histoires continueront de vivre après nous. » Jean Hegland

Vous trouverez ce roman dans notre rayon ado-adultes à la cote HEGL (blanc)