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La voie de Gabriel Tallent

Dans La Voie, Gabriel Tallent, après le magistral My absolute darling, dresse à nouveau un tableau sans concession de la société américaine contemporaine. Il ne s’agit pas seulement d’un récit d’apprentissage, mais d’une critique acerbe des fragilités humaines et de ces classes populaires, oubliées par le système, grevées de dettes médicales et déprimées par l’impossibilité d’accéder au rêve américain.

L’histoire suit Dan et Tamma, deux jeunes en fin de lycée qui cherchent désespérément leur voie. Unis par leurs familles dysfonctionnelles et leur passion pour l’escalade, ils se réfugient dans le désert de Mojave pour tenter d’escalader sans aucune sécurité « La Princesse du Doitage », une voie réputée pour sa difficulté extrême qui a déjà coûté la vie à des sportifs confirmés.


Cette ascension devient le miroir de leurs luttes intérieures. Pendant une année, les épreuves s’accumulent, semant doutes et espoirs, tandis que leur amitié se met à vaciller. Pour Tamma, la voie n’est pas une promenade : « Je n’ai pas envie que ce soit facile. Je veux que ma voie soit une cheminée terrifiante, un concentré de merde de rat, d’hantavirus et de doute. » Cette citation résume le sujet du livre : le sommet n’est qu’un symbole. Ce qui compte véritablement, c’est le « crux », ce moment critique où l’on doit choisir entre tomber ou s’accrocher. Comme le souligne le texte, « le crux, c’est le coeur d’une voie ».

À travers leurs prises instables, Dan et Tamma nous rappellent que « aimer quelqu’un était synonyme de terreur et d’exposition ». Face à une foule de gens détruits et perdus, la question n’est pas de savoir s’ils atteindront le sommet, mais s’ils sauront traverser leur crux sans se briser.

La Voie est une oeuvre puissante qui transforme l’ascension en une épreuve existentielle, où la splendeur du monde se mêle inextricablement à sa terreur.

Une recommandation de Léa

Vous trouverez ce roman dans notre rayon « Adultes » à la cote TALL (blanc).

Le village de Ximo Abadía

« Une invitation à profiter des joies des vacances au village en toute saison. Tout le monde aime passer ses vacances au village ! En hiver, on fait de la luge sur les pentes enneigées, au printemps, on flâne au marché, en été, on se baigne dans la rivière, et en automne on cueille des champignons ! »

Cet album a une odeur de terroir. Il rappelle les souvenirs de vacances, celles qu’on passe chez ses grands-parents. A chaque saison ses activités, ses spécialités, ses plaisirs, qui font toute la saveur des vacances : prendre un bain dans la fontaine, skier sur la montagne, regarder les étoiles, récolter des courgettes, ou encore observer les artisans travailler. A certaines pages, le livre rappelle un imagier, car il enrichit la lecture en faisant découvrir une petite panoplie de mots en lien avec les activités en question. Une chouette découverte !

Une recommandation de Aloys

Vous trouverez ce titre dans notre rayon Albums à la cote A (vert).

En première ligne, un film de Petra Volpe

Journée interminable dans la peau de Fiona, une infirmière dans un service en sous-effectif. La réalisatrice suisse Petra Volpe dénonce une réalité hospitalière cruelle avec une telle authenticité que le film ressemble à un documentaire. Une succession de plans séquences qui vous prend directement aux tripes.

Une recommandation de Léa

Vous trouverez ce film dans notre rayon Multimédia à la cote ENPR (blanc).

Finistère de Anne Berest

De quoi hérite-t-on ?

« A chaque vacances, nous quittions notre banlieue pour la Bretagne, le pays de mon père, celui où il était né, ainsi que son père – et le père de son père, avant lui. Le voyage débutait gare Montparnasse, sous les fresques murales de Vasarely, leurs formes hexagonales répétitives, leurs motifs cinétiques, dont les couleurs saturées s’assombrissaient au fil du temps, et dont l’instabilité visuelle voulue par l’artiste, se transformait, année après année, en incertitude. »

Lire Finistère, c’est accepter de se laisser porter par une voix qui cherche à comprendre d’où elle vient. Anne Berest poursuit son exploration des racines familiales après le succès de La Carte postale. Si ce précédent roman s’attachait à la mémoire maternelle et à l’histoire tragique de la Shoah, Finistère déplace le regard vers la branche paternelle. Le roman s’ouvre sur la découverte des cahiers du grand-père Eugène, trente ans après sa mort. Ces carnets deviennent le déclencheur d’une enquête intime et ces pages silencieuses deviennent une clé pour interroger la filiation, les transmissions invisibles et les silences qui façonnent une famille. La Bretagne, terre rugueuse et fidèle, est omniprésente ; elle est ici bien plus qu’un décor : elle devient un personnage à part entière : paysages marins, villages austères, vent du Finistère… tout semble porter la mémoire des hommes de cette lignée. Le père, Pierre, figure distante et pudique, incarne cette difficulté à dire, à transmettre autrement que par le silence.

Le roman d’Anne Berest inscrit la mémoire familiale dans le fil de l’Histoire. On y voit les débuts des coopératives agricoles et la vie précaire des ouvriers, puis la Seconde Guerre mondiale et la reconstruction d’un pays meurtri. L’ombre du général de Gaulle, sa démission, la guerre d’Algérie et les secousses de Mai 68 marquent ensuite une génération en quête de repères. Plus tard, l’arrivée du SIDA et l’affirmation des homosexuels rappellent les luttes pour la dignité et la reconnaissance, avant que le gouvernement Mitterrand n’incarne une France en mutation. Sur le plan stylistique, Berest adopte une écriture simple tout à fait adaptée à la thématique : elle épouse le silence des hommes qu’elle décrit. Le roman ne cherche pas l’effet spectaculaire ; il privilégie la délicatesse, la retenue, et une forme de sincérité brute.

Finistère est un roman qui invite à réfléchir à nos propres héritages, à ce que nous recevons sans le savoir et nous rappelle que nous sommes tous porteurs d’histoires invisibles, inscrites dans nos gestes, nos choix, nos fidélités. Une lecture intime, qui résonne longtemps après la dernière page.

Petit conseil : Pour vivre pleinement cette histoire familiale, il est recommandé de se plonger dans La carte postale et Gabriele. (Disponible en prêt à la médiathèque)

Une recommandation de Fanny

Vous trouverez ce titre dans notre rayon Romans ado-adultes à la cote BERE (blanc).

Biblio’lac – 2, 9 juillet et 6 août

Cet été, les livres voyagent au bord du lac de Joux pour des moments suspendus. Au programme : lectures à voix haute par les bibliothécaires et sieste littéraire.

  • 2 juillet : vers le camping du Rocheray
  • 9 juillet : à Altitude 1004 aux Bioux avec spectacle des Contes Joyeux à 14h30 (dès 4 ans, durée 50′)
  • 6 août : à la place de jeux de l’Abbaye

Tout public. Entre 13h30 et 16h30.

En cas de mauvais temps, l’activité se tiendra à la médiathèque.